Trésorerie négative : que faire, et dans quel ordre ?
Votre compte passe dans le rouge, ou va y passer. Pas de panique, mais pas d'attente non plus : des solutions existent, plusieurs sont gratuites et confidentielles, et elles marchent d'autant mieux qu'on les active tôt. Voici l'ordre dans lequel les utiliser, et la limite légale à connaître : 45 jours.
- Trésorerie négative : de quoi parle-t-on ?
- Première semaine : faire le point
- Accélérer les encaissements
- Étaler les dépenses
- Parler à votre banque
- Les aides gratuites et confidentielles
- Mandat ad hoc et conciliation
- La limite à ne pas franchir : 45 jours
- Éviter que cela se reproduise
- Questions fréquentes
Trésorerie négative : de quoi parle-t-on ?
L'expression recouvre deux situations différentes :
- un solde bancaire négatif : votre compte est à découvert. C'est souvent passager, et plus ou moins toléré selon l'autorisation que vous a accordée votre banque ;
- une trésorerie nette négative au bilan : votre fonds de roulement ne couvre plus votre besoin en fonds de roulement, et l'activité courante est financée par des concours bancaires à court terme. C'est un signal plus profond, à analyser avec votre expert-comptable.
Une troisième situation, bien plus grave, est à distinguer : la cessation des paiements. Elle est atteinte quand l'actif disponible (la trésorerie et les réserves de crédit, comme la part non utilisée d'un découvert autorisé) ne permet plus de payer le passif exigible (les dettes arrivées à échéance). Un découvert dans la limite autorisée n'est donc pas une cessation des paiements ; une dette échue que vous ne pouvez plus régler peut l'être.
Première semaine : faire le point
Avant d'agir, mesurez. Une demi-journée suffit pour établir :
- le solde réel de tous vos comptes, et le découvert autorisé dont vous disposez encore ;
- les encaissements attendus sur les 13 prochaines semaines : factures émises, client, montant, date prévue de paiement ;
- les dépenses à venir sur la même période : salaires, Urssaf, TVA, loyer, fournisseurs, échéances d'emprunt ;
- le solde qui en résulte, semaine par semaine : c'est lui qui dit quand le creux arrive, combien de temps il dure et quelle est sa profondeur.
Distinguez ensuite le creux passager (un gros client en retard, une échéance fiscale, un mois creux saisonnier) du déficit durable (chaque mois, les dépenses dépassent les encaissements). Le premier se traite en gagnant du temps ; le second oblige à revoir le modèle : prix, marges, charges fixes. La méthode détaillée est dans notre guide de la prévision de trésorerie.
Accélérer les encaissements
- Relancez les factures échues, en commençant par les plus gros montants : un appel vaut souvent mieux qu'un troisième e-mail. Les étapes et les modèles sont dans notre guide pour relancer un client qui ne paie pas.
- Facturez plus tôt : dès la livraison, par étapes sur les projets longs, avec un acompte à la commande.
- Proposez un escompte pour paiement anticipé : une petite remise contre un règlement immédiat.
- Mobilisez vos créances : l'affacturage (une société d'affacturage vous avance le montant de vos factures contre une commission) ou la cession de créances professionnelles « Dailly » auprès de votre banque. Efficace, mais payant : comparez les frais.
- Vendez ce qui dort : stocks sans rotation, matériel inutilisé.
Étaler les dépenses
- Fournisseurs : appelez-les avant l'échéance, pas après. Un fournisseur prévenu accepte souvent un échelonnement ; un fournisseur mis devant le fait accompli peut suspendre ses livraisons. Proposez un calendrier précis, et tenez-le.
- Bailleur : un report ou un étalement de loyer se négocie, surtout si vous êtes un locataire de longue date.
- Impôts et cotisations : ne laissez pas les retards s'accumuler. Demandez un délai à votre service des impôts des entreprises ou à votre Urssaf avant l'échéance ; si plusieurs dettes publiques s'additionnent, la CCSF peut les étaler (voir plus bas).
- Investissements : reportez ce qui peut l'être, ou financez-le par un crédit dédié plutôt que par la trésorerie courante.
Une règle : ne coupez pas en premier ce qui fait rentrer l'argent, comme la production déjà vendue ou l'action commerciale.
Parler à votre banque
Prévenez votre banquier avant qu'il ne découvre le problème, et venez avec votre prévision : la cause du creux, sa durée, votre plan pour en sortir. Les solutions courantes sont une autorisation de découvert ou une facilité de caisse, un crédit de trésorerie sur quelques mois, ou le rééchelonnement d'un prêt en cours.
Bon à savoir : une banque ne peut pas réduire ou supprimer du jour au lendemain un concours à durée indéterminée, comme un découvert permanent. Elle doit vous le notifier par écrit et respecter un préavis d'au moins 60 jours, et vous pouvez lui demander les raisons de sa décision (article L313-12 du Code monétaire et financier). Les seules exceptions sont un comportement gravement répréhensible de l'entreprise ou une situation irrémédiablement compromise. Un découvert occasionnel n'est pas protégé par cette règle.
Si la banque refuse un crédit, réduit votre découvert ou refuse d'étaler un prêt, saisissez la médiation du crédit de la Banque de France (voir ci-dessous).
Les aides gratuites et confidentielles
| Dispositif | Pour quoi faire | Conditions et délais |
|---|---|---|
| Médiation du crédit (Banque de France) | Débloquer une difficulté avec une ou plusieurs banques : refus de crédit, découvert réduit, refus de rééchelonnement | Toute entreprise, gratuit et confidentiel. Dossier admis en médiation sous 48 heures, puis les banques disposent de cinq jours ouvrés pour revoir leur position. |
| CCSF (commission des chefs des services financiers) | Obtenir un plan de règlement échelonné de vos dettes fiscales et sociales | Être à jour de ses déclarations fiscales et sociales et avoir payé la part salariale des cotisations. Gratuit et confidentiel : rien n'est publié au tribunal. Les poursuites des créanciers publics sont suspendues tant que le plan est respecté. |
| Conseiller départemental aux entreprises en difficulté | Être orienté vers la bonne solution | Interlocuteur de confiance du réseau des finances publiques, présent dans chaque département. |
Sources : Banque de France, Service Public Entreprendre, impots.gouv.fr (consultés en septembre 2026).
Mandat ad hoc et conciliation
Quand les négociations en direct ne suffisent plus, le président du tribunal peut désigner un professionnel qui négocie pour vous avec vos principaux créanciers. Ces procédures sont confidentielles, et seul le dirigeant peut les demander.
| Critère | Mandat ad hoc | Conciliation |
|---|---|---|
| Pour qui | Entreprise en difficulté qui n'est pas en cessation des paiements | Difficulté existante ou prévisible ; pas de cessation des paiements, ou depuis moins de 45 jours |
| Durée | Pas de durée maximale ; en pratique 3 mois, renouvelables | 4 mois maximum, prolongeables d'un mois |
| Confidentialité | Oui : la désignation n'est pas publiée | Oui, sauf si vous demandez l'homologation de l'accord |
| Coût | Honoraires du mandataire, fixés avec vous | Rémunération du conciliateur, fixée avec vous |
Source : Service Public Entreprendre (mandat ad hoc, conciliation).
La demande se fait auprès du président du tribunal de commerce, ou du tribunal judiciaire selon l'activité. Dans 12 villes, depuis le 1er janvier 2025, c'est un tribunal des activités économiques qui les remplace, à titre expérimental.
La limite à ne pas franchir : 45 jours
Si l'entreprise ne peut plus payer ses dettes échues avec sa trésorerie et ses réserves de crédit, elle est en cessation des paiements. Le dirigeant doit alors la déclarer au tribunal (le « dépôt de bilan ») au plus tard dans les 45 jours, sauf s'il a demandé l'ouverture d'une conciliation dans ce délai (article L631-4 du Code de commerce).
Attendre coûte cher : en cas de déclaration tardive, le tribunal peut prononcer une interdiction de gérer, jusqu'à 15 ans, si le dirigeant connaissait la situation.
Déclarer ne veut pas dire fermer : le redressement judiciaire suspend les poursuites des créanciers et donne du temps pour bâtir un plan de continuation. Plus la démarche est précoce, plus les chances de sauver l'entreprise sont grandes.
Ce guide donne des informations générales. Dès que la situation se tend, parlez-en à votre expert-comptable ; en cas de doute sur une cessation des paiements, consultez un avocat ou un administrateur judiciaire.
Éviter que cela se reproduise
Un creux de trésorerie se voit souvent venir plusieurs semaines à l'avance dans une prévision à 13 semaines : échéance fiscale, grosse commande fournisseur, mois creux saisonnier, client qui paie de plus en plus tard. Trois habitudes changent tout :
- gardez un matelas de sécurité, par exemple un mois de charges fixes ;
- mettez votre prévision à jour chaque semaine avec vos relevés réels ;
- relancez dès le premier jour de retard, pas au trentième.
Questions fréquentes
Une trésorerie négative, est-ce une faillite ?
Non. Un compte à découvert dans la limite autorisée n'est pas une cessation des paiements. Ce qui compte, c'est la capacité à payer les dettes arrivées à échéance avec la trésorerie et les réserves de crédit disponibles.
Ma banque peut-elle supprimer mon découvert sans prévenir ?
Pas s'il s'agit d'un découvert permanent, à durée indéterminée : elle doit le notifier par écrit et respecter un préavis d'au moins 60 jours, sauf comportement gravement répréhensible ou situation irrémédiablement compromise. Un découvert occasionnel n'est pas couvert par cette protection.
Qui peut m'aider gratuitement ?
La médiation du crédit de la Banque de France pour les difficultés avec vos banques, la CCSF pour étaler vos dettes fiscales et sociales, et le conseiller départemental aux entreprises en difficulté pour vous orienter. Votre expert-comptable reste votre premier interlocuteur.